À Vallauris comme à Golfe-Juan, les toitures travaillent toute l'année. Les tuiles canal et romanes, majoritaires dans le secteur, sont posées avec peu de pente et reposent souvent sur un simple lit de liteaux : un élément qui glisse de quelques centimètres suffit à ouvrir un passage à l'eau sans que rien ne soit visible depuis la rue.
Le climat local accentue ce phénomène. Les épisodes de pluie sont concentrés : il tombe en quelques heures ce que d'autres régions reçoivent en plusieurs semaines, et l'évacuation doit suivre. Le vent, lui, soulève les tuiles de rive et d'égout et descelle progressivement les faîtages scellés au mortier. Entre deux épisodes, le soleil chauffe fortement la terre cuite et les membranes d'étanchéité : cette dilatation répétée fissure les joints, les solins et les relevés de toit-terrasse.
À cela s'ajoute l'humidité marine. Sur les pans peu ensoleillés ou abrités par des arbres, mousses et lichens s'installent, retiennent l'eau contre les tuiles et ralentissent l'écoulement vers les gouttières. La terre cuite reste humide plus longtemps, se fragilise, et les évacuations finissent par se charger de résidus.
Le vieillissement d'une toiture est donc rarement brutal. Il se lit dans une tuile poreuse, un solin qui se décolle, un crochet de gouttière descellé, un écran sous-toiture absent sur les constructions anciennes. L'infiltration n'est que le dernier épisode de cette histoire — et comme l'eau chemine sous la couverture avant de ressortir, la tache au plafond n'indique presque jamais l'endroit à réparer. C'est précisément ce diagnostic, sur place et sur le toit, qui constitue le cœur de notre travail d'artisan couvreur.